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Dis Cavanna, qu'est-ce qu'on va faire de tes moustaches ?

Dis Cavanna, qu'est-ce qu'on va faire de tes moustaches ?

Dis Cavanna, qu'est-ce qu'on va faire de tes moustaches ?

À trois semaines de tes quatre-vingt-onze hivers, il était temps de partir à la recherche de Maria de l'autre côté de la nuit.

Qui sait, peut-être la retrouveras-tu enfin ?

Il y a un peu plus de deux ans, au hasard de mes balades entre coqs et ânes, je finissais par m'acheter ton dernier bouquin, Lune de Miel. Tu devenais mon Michael J. Fox à moustache. Oh tu n'avais jamais été trop loin de moi - mais je n'avais jamais pris le temps de te lire. Tu étais toi aussi l'ombre de mon papa. Mêlée à celles de Brassens, Devos, Lapointe, Béranger et autres clowns lunaires et pacifistes (fucking).

Avec ce bouquin, je sautais - à pieds joints - la case Ritals. J'apprenais alors tes peines de corps.

Miss Parkinson était venue semer un peu plus de sel dans le poivre de tes cheveux. C’est une bien vilaine prison dans laquelle tu es tombé. Celle qui fait danser tes mains sur une musique que tu ne choisis pas. Tu écrivais de plus en plus difficilement. Putain de prison sans véritable traitement. Elle vous tombe dessus, n’importe quand, à tous les âges. Et il n’y a pas grand-chose à faire, sauf à espérer ne pas être atteint d’une forme sévère ou rapide.


Tu (d)écrivais Miss Parkinson.

«Il faut s’occuper, sans quoi on pense. Il ne faut pas penser. Je m’occupe, je me suis juré de reconquérir une écriture lisible. Je crois vous l’avoir dit, miss Parkinson ne se contente pas de saloper l’écrit, elle le rend minuscule, à la limite du visible… Ce fut une dure, une longue bataille… Si vous pouviez voir le gribouillis que barbouille mon stylo, en ce moment même ! Mais je lutterai, j’ai besoin de parler ou je meurs. Ma parole, c’est l’écriture. A la main. Tant que je pourrai écrire une ligne, je serai présent parmi les vivants. Elle ne m’aura pas.»

«La chère petite se porte à merveille. Depuis qu’elle a élu domicile dans mes membres, on ne se quitte plus. Elle pourrait se montrer très vache, se mettre, par exemple, à faire trembler à folle allure ma main qui tient la cuillère pleine de soupe quand je dîne chez la marquise. La marquise n’aimerait pas…»

Toi aussi tu avais connu, ici, Berlin. À la dure.

Photo de Cavanna sur ses papiers du STO (Service du travail obligatoire)

Photo de Cavanna sur ses papiers du STO (Service du travail obligatoire)

Dis Cavanna, qu'est-ce qu'on va faire de tes moustaches ?

Tu n'étais ni bête, ni méchant et je te dédie cette millième bafouille publiée, en cinq ans, sur ICI BERLIN.

À toi, le dernier mot.

À nous les moustaches trempées de chagrin.

Autant que vous le sachiez. Je suis immortel. Et si je ne le suis pas, je ne le saurai jamais. A partir de maintenant, à moi la belle vie.