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Même pas morts (le vacarme des vivants) !

Même pas morts (le vacarme des vivants) !

Aujourd'hui, le vacarme des vivants était plus fort que le bruit des kalachnikovs. Pour la mémoire des dix-sept victimes tombées cette semaine, de leurs proches. Et pas seulement.

Depuis la folie et le chagrin de mercredi (chagrin qui ne m'a pas quitté d'un iota depuis), d'autres symboles ont été atteints par la connerie et l'ignorance. Et quels symboles ! Une femme policière a été abattue jeudi et vendredi, ce sont quatre autres personnes qui ont été tuées, toutes de confession juive.

Liste des victimes affichée devant l'ambassade de France à Berlin

Liste des victimes affichée devant l'ambassade de France à Berlin

Entre-temps, le choc et l'émotion autour du monde ont donné une toute autre ampleur au rassemblement qui a eu lieu aujourd'hui. Si on me permet de mettre le cas des journalistes de Charlie Hebdo de côté, on a pu assister à des situations assez cocasses qui auraient inspiré plus d'un croquis à ces sacripants. Je ne vous dirai que quelques noms parmi les personnes indignées (pardonnez le mélange des genres !) : le Pape, Elizabeth II, le Hezbollah, Marine Le Pen, Tarik Ramadan... Et puis ces Marseillaises chantées par toute la classe politique et ses curés de services. Les cloches de Notre-Dame et j'en passe ! Je ne sais pas si on peut appeler ça un enterrement de première classe mais la bande à Cabu et Wolinski doit être morte de rire... ou pas.

Même pas morts (le vacarme des vivants) !

Malheureusement comme je le disais plus haut, d'autres symboles ont été touchés. Tous ont en commun la France et donc c'était à la France de répondre. Et elle a répondu !

Même si les partis politiques français avec certains chefs d'États étrangers ont tenu à conduire la grande marche parisienne, ce furent bel et bien les français et les amoureux de la liberté d'expression qui ont mené la danse dans tout le pays et au-delà des frontières. Plus de quatre millions de personnes se sont rassemblées et ont marché cet après-midi dans en France. N'oublions pas les 700000 autres qui sont sorties hier.

Le fameux slogan (Je suis Charlie) a fort heureusement vite été détourné. J'en profite pour le répéter même si cela fait plus de six ans que je l'écris ici, c'est la moindre des choses de rire et de devoir détourner tout symbole. On a donc pu lire cet après-midi des Je suis flic ou Je suis juif, quand ce n'était pas le prénom d'une des personnes lâchement assassinées. De la même manière des gens serraient spontanément la main des policiers le long du parcours. Il va, toutes et tous, nous falloir réapprendre à prendre soin de notre république. Liberté, Égalité, Fraternité, Laïcité.

Le message d'aujourd'hui est clair : nous n'avons pas peur. Même pas peur (et tar' ta gueule à la récré) !!

Aujourd'hui et surtout demain : c’est le refus de la barbarie. Toutes et tous, nous avons pu un peu laisser de côté ceci ou regarder ailleurs mais maintenant nous n'avons plus le choix. Il va falloir se retrousser les manches et, toujours dans le respect de chacun, sans stigmatisation ni amalgame, retrouver le chemin de la solidarité. Du vivre ensemble avec ceux qui le veulent bien. Et toujours dans la plus haute laïcité.

Même pas morts (le vacarme des vivants) !

Vous me permettrez maintenant de vous parler de Berlin, aujourd'hui.

Il a fait très froid et nous essuyons encore certains dégâts causés par la tempête Felix sur la ville. Je suis arrivé avant 14h30 devant l'ambassade de France où, déjà, se trouvaient quelques centaines de personnes.

Même pas morts (le vacarme des vivants) !Même pas morts (le vacarme des vivants) !
Même pas morts (le vacarme des vivants) !Même pas morts (le vacarme des vivants) !

Je me suis ensuite posé directement sur la Pariser Platz, face à l'ambassade. Je me retournais de temps en temps pour voir le monde derrière moi et à chaque hochement de tête, la foule grandissait. On parle ce soir de près de vingt mille personnes devant la Porte de Brandebourg !

Même pas morts (le vacarme des vivants) !Même pas morts (le vacarme des vivants) !Même pas morts (le vacarme des vivants) !

Il n'y aura pas eu de Marseillaise chantée à Berlin, tout du moins pendant le temps que j'y suis resté (environ deux heures). Cela m'aurait fait bizarre de la chanter car, biberonné à Brassens et Desproges, j'aurais eu quelques crissements au niveau du sphincter en pensant à la bande de Charlie. Ne m'en voulez pas, les autres victimes étaient bien sûr dans mes pensées cet après-midi. Mais je vous redis ce soir que mon chagrin de mercredi n'a toujours pas laissé place au courage et la force que je vais devoir avoir en moi pour que ma petite fille ou mon petit garçon grandisse dans un monde de tolérance. Je sais que je lui chanterai du Moustaki, je lui parlerai de Cavanna et je lui lirai le matin des grands soirs et tous les autres jours la vie du petit Tistou.

Par contre juste un truc (message perso aux petits rigolos de Charlie Hebdo) : la prochaine fois essayez de vous faire buter à la belle saison.

Tenue du jour mais pas de saison.

Tenue du jour mais pas de saison.