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Le grand voyage

Le grand voyage

D’habitude quand on parle de grand voyage, c’est plus pour les départs que les arrivées mais je vais faire une exception ici. Naissance imminente oblige.


Il en reste que la première fois que j’ai utilisé cette expression, c’était avec mon père. On avait la lourde tâche d’annoncer à une petite fille qui n’avait pas encore trois ans que sa maman était partie. Partie pour un grand voyage. La petite fille avait tout de suite compris le truc : « elle est dans le ciel alors ? ».


Presque.
On a dit oui.

Le grand voyage

Mais je veux parler ici d'un été naissant. Lui aussi naissant.

Alors voilà, on a préparé nos sacs il y a longtemps. C'est un peu comme lorsque l'on a réservé un vol pour un pays lointain. Un autre hémisphère qui nous regarde en chien de faïence sur la carte d'un monde de plus en plus petit. Le face à face dure de longues semaines en sachant que dans neuf, huit, sept, six mois, on s'y jettera tout entier.

Sauf que là, de pays lointain il n'y en a pas. Le rendez-vous est donné en terre inconnue. Finalement, c’est un peu comme attendre un train ou un avion sans connaître l’heure exacte du départ.

Le grand voyage

Les sacs sont donc prêts. Ils sont aussi près. De nous.

La liste des choses à faire est écrite quelque part mais dans ma tête c’est déjà tout oublié et tout embrouillé. Ce ne serait pas étonnant qu'avant le nouveau-né ou la future maman, ce soit d'abord l'ancien-né, moi, qui hurle un bon coup.

Et puis le trajet, repérer le trajet !

Le grand voyage
Le grand voyage

Je parle de grand voyage et ce sont nous qui préparons nos sacs et qui attendons, presque le billet entre les mains, sur un quai fictif. Près d'une piste de décollage qui n'existe pas.

C'est nous qui nous agitons mais finalement ce grand voyage, ce n'est pas nous qui le ferons.

Instants d'éternité (les mamans me pardonneront de parler d'instants), descente le long d'un tunnel, en rappel ou à mains nues. C'est l'arrivée "sur Terre" de l'obscurité à la plus violente des lumières. Bref, ce sera bien notre petit calamar qui va faire le voyage de sa vie. De sa vie. Avant la suite bien sûr.

Peut-être qu'un jour il ou elle partira sur les traces de son vieux père en Amérique du Sud ? Moi qui rêve de revoir le Machu Picchu avec ma sœur, peut-être y retournerai-je aussi avec mon petit spermatozoïde ?

C'est un avion, c’est un train, c'est un bateau qui arrive. Ou qui s'en va. Qu'importe, c’est un voyage qu'on a tous fait. Et un jour on ira s'embrumer d'embruns au bout du bout du monde.