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Vider son sac

Vider son sac

Et moi alors, si je devais partir ?

Traverser une mer, serrer fort contre moi une mère.

Retenir, par la main, un enfant qui glisse vers l'eau.

Je n'en serais pas capable.

Je serais mort lâche.

Et pour commencer, je ne saurais faire mon sac.

Vider son sac
Vider son sac

Oui c'est de sacs ici dont il s'agit.

Avant de partir il faut faire son sac.

Avec ce qui compte.

Seulement ce qui compte.

Vider son sacVider son sac
Vider son sac
Vider son sacVider son sacVider son sac

Ce qui compte dans le moment. Le moment de l'exil, de la traversée de montagnes et de mers.

Et puis ce qui compte tout court.

Comme un inventaire absurde et cruel de vie.

Un peigne pour rester digne. Ce bout de plastique comme un rempart devant l'animalité. Comment rester humain lorsque l'on balance de la nourriture comme à des bêtes sauvages ?


De l'argent. De l'argent et son inévitable protecteur : un sac en plastique. On protège comme on peut ces bouts de papiers insignifiants qui comptent tant.

Dans un autre sac, une paire de chaussures et une paire de chaussettes. Le grand luxe. Un dandy de grand chemin sans doute. Une richesse qui m'émeut et qui, à nouveau, soutire quelques sels de mes paupières.

Et puis là encore, dans le sac d'un enfant, un pantalon et un tee-shirt. Une seringue en cas d'urgence. Des chamallows et un savon. Une brosse à dents et du dentifrice. Ne pas oublier de se brosser les dents mon enfant. Deux fois par jour, même lorsque l'esquif tangue un peu trop fort. Des médicaments et des bandages.