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Darc : on éteint les lumières.

Darc : on éteint les lumières.

Daniel Darc est parti.

Mangé par l'alcool, les médicaments. Mais si la mort l'a bouffé, ne nous trompons pas : lui aussi aura bouffé la vie.

 

Daniel-Darc 1

 

 

À la fin de l'année 2011, il avait sorti un album qui allait nourrir mon printemps 2012. Cela allait me permettre de respirer un peu dans le sprint électoral qui me tenait éveillé vingt-cinq heures sur vingt-quatre. Il nous offrait en douces chansons et belles mélodies toute la crasseur de sa vie. Noirceur illuminée par les arrangements de Laurent Marimbert et ses mots à lui, à Daniel.

 

L'album qui est devenu son dernier depuis hier, s'appelle La Taille De Mon Âme et je me suis modestement retrouvé, mesuré dans des titres comme, justement "La taille de mon âme", "C'était mieux avant", "C'est moi le printemps"... L'album contient des extraits du film Les Enfants du Paradis de Marcel Carné. Tant de titres qui m'ont hanté et ramené trois printemps en arrière. À commencer par le premier, "Ira", sur lequel le fantôme seventies de Gainsbourg chantonne et étonne.

 

Ça commence par un I, se termine par un A

Juste un R au milieu, comme une erreur de Dieu

Ça commence par un I, se termine par un A

Chaque jour un peu plus vieux, chaque jour moins de cheveux

Il y a des douleurs, mon Dieu, qui ne s’expliquent pas,

Qui ne s’effacent pas, es-tu fier de Toi ?

Ça commence par la vie, se termine par l’amer

Et soudain, on se dit qu’on n’a plus rien à faire, alors…

 

Ce refus de la mort comme le refus de tomber amoureux. Refus de l'évidence et danse avec les vices.

 

 

 

Et si sa disparition annonçait le printemps ?

C'est dur de mourir au printemps, tu sais ?


Ce soir je balance entre l'apaisement de le savoir parti (finie cette souffrance) et la tristesse d'avoir perdu un compagnon de rut. Il ne jouera pas à Chaumont la semaine prochaine, ni à Ajaccio à la fin du mois de mars. En octobre dernier il bandait encore et écrivait après son concert à la Fête de l'Huma : "La vie, le RockänRoll…c’est la même chose d’ailleurs. L’impression d’être vivant.

Se dire que si tout va bien – si tout va comme elle – j’en ai peut-être pour une dizaine d’années sans trop m’en faire. Trop m’en faire? Ah Ah!

ça n’existe pas. Pas chez moi. ça y est! J’ai terminé ma contribution! Je dirais bien que la prochaine fois ce sera plus long, mieux écrit, plus intelligent, toutes ces choses… Mais je vous l’ai déjà fait bien des fois, et comme j’ai bien l’intention de m’en servir à nouveau, cette fois-ci, je vais faire léger. La légèreté : c’est tout moi. Oui, je suis une grande chose légère, une bulle de grâce, un coquelicot flottant au gré du vent, une comédie de Capra, un chef-d’œuvre en péril, une vierge prairie. J’en ai plein d’autres comme ça, mais je ne vais pas vous accabler de si bon matin. Ah oui! c’est le matin, et une fois de plus, c’est Charlotte qui transcrit ma logorrhée. Devinez quoi? Je suis tremblant. L’émotion? Allez savoir. Bon, bien sûr la prochaine fois ce sera plus long et ce sera mieux…".

 

Encore deux lignes de cet album :

J’ai besoin de quelqu’un qui n’a pas besoin de moi

J’ai besoin de quelqu’un que je ne connais pas

 

 

Pour les nostalgiques dont je fais partie, je m'en vais chercher le garçon. Je tourne en rond. Comme un con.

 

daniel darc