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Les soleils de Moustaki

Les soleils de Moustaki

"Oh non pas Moustaki...!"

les yeux de Georges Moustaki

 

C'est le cri du coeur que j'ai poussé. Et puis après tout, pourquoi pas ? Il n'était plus tout jeune et sa vie fut riche et pleine de soleil. C'est juste que  Georges Moustaki faisait partie de ma petite famille de chanteurs avec qui il fait bon s'asseoir à un coin de table pour boire un verre de vin et pousser la chansonnette sous les tonelles de raisins et perdre la raison.

Je parle de petite famille de chanteurs (il reste Higelin tiens) mais Georges faisait partie de ma famille tout court. Sa voix douce et le soleil de sa guitare acoustique. C'était le Brésil, à peine déguisé, qui venait s'inviter dans notre Isère. Et puis à la toute fin de sa vie mon père lui ressemblait tant. Il le savait. On le lui avait dit. Mais en même temps, c'était un déguisement grossier car je l'avais déjà vu moi, des années avant : poindre le Moustaki en mon papa. Ou bien l'inverse. Les yeux qui pétillent et l'amour du soleil. Ou bien l'inverse (bis).

Le printemps est décidément un bon moment pour mettre les voiles vers Bahia ou ailleurs.

 

Georges Moustaki

 

 

Ces dernières années, je m'étais un peu plus familiarisé avec ses albums. Étant tombé depuis bientôt dix ans dans la marmite de la bossa nova et du tropicália, les tendres rythmes de sa guitare me parlaient encore plus. Amoureux du Brésil il y avait enregistré Vagabond, son avant-dernier album qui était sorti en 2005. Moustaki s'était amusé à le commenter au gré de ses photos de voyage : Georges Moustaki, L'homme de Rio.

Il y parle de sa première rencontre avec ce pays.

"Dès mon arrivée à l'aéroport, en 1972, j'ai senti, comme on disait à l'époque, les "vibrations du pays". Ensuite, Amado m'a offert son amitié et sa ville: je suis devenu bahianais de coeur. Plus tard, à Paris, j'ai rencontré un autre monument: Vinicius de Moraes. Quant à Tom Jobim, pour lequel j'ai écrit Tom dans mon dernier album, nous nous sommes vus à New York. C'est une période où je tentais, en vain, d'adapter "Les Eaux de mars". Tom m'a envoyé un télex, a sauté dans un taxi, nous sommes tombés dans les bras l'un de l'autre et il a demandé à la secrétaire de l'ambassade du Brésil son aide pour la traduction. Le morceau a tourné sur les radios dans les deux versions: la sienne et la mienne. J'ai eu un autre succès au Brésil avec Joseph, chanté en portugais par Rita Lee. Puis j'ai écrit Bahia et Bye bye Bahia..."

 

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Le jeune Moustaki s'était installé à Paris en 1951 et y avait fait la rencontre déterminante de Georges Brassens qui l'avait intronisé dans les nuits de Saint-Germain-des-Prés. C'est en son hommage que Giuseppe Mustacchi, né le 3 mai 1934 à Alexandrie, avait adopté le prénom de Georges.

Depuis tout gamin j'adore le titre "Milord" de Piaf. Je fus surpris le jour où j'ai appris que c'était un jeune amoureux transi du nom de Georges Moustaki qui le lui avait composé. Il aura avec elle une relation fougueuse et courte.

Moustaki et Piaf

 

De fil en aiguille, de chanson en poème, je retombais régulièrement sur ce bon vieux pâtre grec. C'est bien sûr pour son homonyme d'ami qu'il avait écrit "Les Amis de Georges". Et dans ses paroles là, je retrouvais tout ce qui faisait mon éducation (je n'aime pas ce mot). Je retrouvais mon père, ses amis, ses écrits. Mes envies, comme je voulais vivre ma vie.

"Les amis de Georges, on les reconnaissait

À leur manière de n'être pas trop pressés

De rentrer dans le rang pour devenir quelqu'un

Ils traversaient la vie comme des arlequins

Certains le sont restés, d'autres ont disparu

Certains ont même la Légion d'honneur - qui l'eût cru?

Mais la plupart d'entre eux n'ont pas bougé d'un poil

Ils se baladent encore la tête dans les étoiles"

Some are dead and some are living comme chantait l'autre.

 

 

Je pourrais continuer longtemps comme ça à évoquer tout un tas de chansons ou publier plusieurs vidéos. Prenez le temps de découvrir ou redécouvrir les musiques et les douceurs de Moustaki. Ses chansons sont autant de soleils qui réchauffent et réchaufferont toujours mon existence.

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Sous des dessous sucrés, il faisait parfois passer les idées et les sentiments les plus durs, les plus forts.

Je pense à "Sans la nommer" ou "La Solitude" bien sûr. Ce titre, ironiquement, paradoxalement, m'accompagne dans la vie et me touche particulièrement. On connaît tous ce sentiment. Laissés pour compte ou pères de famille. Nous sommes toutes et tous finalement seuls, un peu, beaucoup, passionément. Même au coeur de la foule. Surtout au coeur de la foule. Pour ne rien gâcher, la mélodie de ce titre est absolument délicieuse.

"Pour avoir si souvent dormi avec ma solitude,

Je m'en suis fait presque une amie, une douce habitude.

Elle ne me quitte pas d'un pas, fidèle comme une ombre.

Elle m'a suivi ça et là, aux quatres coins du monde.

Non, je ne suis jamais seul avec ma solitude."

 

Il va bien falloir que je m'arrête mais je veux encore citer "La Philosophie". Philosophie partagée, elle aussi, entre le barbu poivre et sel et un autre barbu poivre et sel que j'ai bien connu : "Nous avons toute la vie pour nous amuser et toute la mort pour nous reposer".

Pour y faire écho, je ferme les yeux et j'entends la voix de mon père me murmurer, me répéter comme un mantra : "Et nous ferons de chaque jour.... toute une éternité d'amour... que nous vivrons à en mourir".