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On devient jeune à soixante ans

On devient jeune à soixante ans

C'est le célèbre grand-père Henri Etellin qui disait "Les anniversaires ça ne se fête que tous les dix ans !". Et s'il ne le disait pas, il suffit de regarder autour de nous pour s'apercevoir que ça continue, à peu près, sur le même rythme une fois le rideau tombé.

 

Mais aujourd'hui, 31 août, je n'ai pas besoin de regarder autour de moi pour penser à mon père. Pas besoin non plus d'attendre le dernier jour du dernier mois de l'été (NB: le premier étant à présent le joli mois de mai). Encore une fois les redoutables mathématiques qu'il aimait tant ne se trompent pas et j'entends ce matin dans le murmure de Berlin : 2011 - 1951 = 60.

Il aurait eu... oui il aurait eu mais il n'a pas eu. Privé de vieillesse ! Comme certains gamins sont privés de dessert. Comme certaines contrées sont privées de désert. Et du coup nous, on aurait eu aussi... on aurait eu mais on n'a pas eu. Privée de père la paire.

Mathilde & Maxime

 

 


Alors heureusement que je l'aperçois chaque jour.

Entre quatre rayons de soleil, entre mille gouttes de pluie. Dans les mollets du petit Marvin Martin qu'il aurait tant loué. Danssera les odeurs des épices, ramenées de Marrakech, mais aussi dans celles de ses anciens tee-shirts que parfois je ressors et enfile comme on trempe une délicieuse madeleine dans un thé dégueulasse. Dans les futures rééditions gargantuesques du flamant rose. Sans doute aurait-il eu droit à un de ces coffrets boursouflés, remasterisés. Et puis dans le miroir qui me rebalance ses yeux, parfois son visage. Dans la voix, la force et les faiblesses de ma petite soeur.

 

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Jusqu'à ce matin, je me disais que nous n'avions même pas célébré ses cinquante ans, en 2001. À quelques jours de la grande chute d'avions aux États-Unis j'étais en Irlande et je n'avais pu être près de lui. Près de nous. Je pensais vraiment que ceci était une de ces anormalités qui nous caractérisent si bien. Une occasion manquée de plus.

Et puis non ! Un coquillage ce matin m'a rappelé que nous avions alors fêté triplement les 20 ans d'un pou, les 50 et 80 de la grand-mère. Ouf ! Mais quand même, qu'est ce que je ne donnerais pas pour le (re)voir souffler une, deux ou soixante bougies. En voici trente-et-une, près du Petit Palais. Le 26 décembre en 2007.

 

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Aujourd'hui, dans le ciel bleu de Berlin, l'automne vient bouffer ce dernier jour d'août. Je frissonne et j'ai froid. J'aimerais tant pouvoir entendre sa voix. Sa fausse assurance et son vrai amour. Je trouve le réconfort dans l'idée que dans quatre mois, je seraiau plus près de lui quand on se retrouvera pour un beau Noël dans le sud de la France.

 

 

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Jamais je n’ai été sans être, ni toi non plus, et jamais ne viendra le temps où nous cesserons d’avoir une existence.

extrait de La Bhagavad Gîta