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Un, deux, trois... quinze !

Un, deux, trois... quinze !

Aujourd'hui un article moi je parce que c'est mon blog à moi après tout. Centaines de pages qui n'auraient jamais autant mérité, aujourd'hui, de s'appeler Ici Maxime plutôt que comme ça (portez votre regard vers le haut de cette page et posez le légèrement sur la gauche).

 

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Ça c'est en février 1997. La sortie de Homework quelques semaines plus tôt avait déjà eu de fâcheuses conséquences sur ma garde-robe. Mais je veux vous parler de 1998, un an après.

Un an et des soupières bien sûr.

 

 

Cela fait quinze ans aujourd'hui.

L'avion avait quitté Beauvais pour se poser pas longtemps après sur les pistes de l'aéroport de Dublin. Ma cousine (Hepburn), partner in crime, responsable de... non, elle ne savait pas encore. Elle pensait comme mon père que j'allais passer un été à Dublin. Et puis. Et puis Dublin m'a pris.

Ma cousine et le soleil m'attendaient au nord de cette petite grande ville. L'été 98 allait accompagner mes découvertes, hésitations, pas perdus et pérénigrations dublinoises. Exactement comme celles d'un personnage appelé Xavier, à Barcelone, dans un film qui allait sortir quatre ans plus tard.

À l'époque je ne regardais pas en arrière. Six mois avant une petite voix m'avait projeté comme un caillou dans une fronde vers Heathrow, Londres et Oxford. Puis j'en étais revenu le coeur rempli de force et de certitude. Je n'avais lors qu'une idée en tête, sodomiser le passé. Plus poliment, oublier qui j'étais il y a encore une heure et bredouiller parfois mon prénom en espérant m'en rappeler correctement.

Mais maintenant, maintenant je me souviens.

 

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Avant le 13 juillet 1998, il y avait eu... le 12. Le 12, si je ne dis pas de bêtise. Une victoire en finale de la Coupe du Monde que j'ai vécue comme dans un rêve. Un orgasme contenu, une explosion silencieuse avec autour de moi des gens qui hurlaient, sautaient, s'embrassaient mais, comme si quelqu'un avait appuyé sur la touche mute de la télécommande, je n'entendais rien. Bref, vous voyez le truc.

Avant le 12, toujours si mes calculs sont corrects, il y a du y avoir le 11. Et le 11 était un samedi. Et le samedi 11 juillet 1998, si jamais il y avait un biopic de ma vie, serait une des scènes marquantes. Un des tournants.

Extérieur.

Gare de Grenoble, soleil, passants qui passent et trains qui traînent.

TGV en partance pour Paris, Gare de Lyon.

Mon père est seul sur le quai. Il vient de m'embrasser et de me serrer très fort dans ses bras comme s'il savait. Il sait. Étaient-ce des larmes dans ses yeux ou bien de la pluie de juillet dans les miens ? Moi je pense rejoindre Paris mais lui il sait. Je pars à Dublin et il sait que je ne reviendrai pas. J'ai vingt-et-un ans bordel ! Je sais, j'ai écris plus haut qu'il pensait que je ne partais qu'un été mais le biopic c'est moi qui l'écris, le scénar' c'est moi qui le corrige.

Le TGV part et je ne fais pas le malin dans le train. Enculeur de passé, tu parles ! Je sors immédiatement un bloc-notes et commence à écrire une lettre d'amour à ma petite soeur qui me manque déjà.

 

 

Voilà, le tourbillon m'a bouffé.

Quinze ans après je me sens de faire un bilan. Un bilan, moi l'amoureux du passé. Comme quoi, l'amour peut commencer avec une douleur pénétrante.

Je dis souvent que j'ai grandi en France et que j'ai grossi en Irlande. Quinze ans c'est beaucoup. Beaucoup de fish and chips et de take-away indiens. Beaucoup de Guinness et d'autres bricoles pas catholiques même si consommées en terres irlandaises. Beaucoup de chansons, de rencontres, de fou-rires, d'amitiés. Et puis ce fil qui se tend de plus en plus entre mon enfrance et moi. Cette douce perte de mémoire, c'est aussi le gain de pleins de vies. L'impression d'en vivre deux, trois, quatre, cent en une seule. Se croire invincible et immortel. Et puis grossir, à petits pas, à petits feux. Se perdre dans l'ouest, embrasser et embraser toute la crudité d'Inis Mór. Tomber amoureux d'un lieu, tomber amoureux d'un instant comme on tombe amoureux d'une personne. Rencontrer des gars qui font toujours partie de moi. Baiser et se faire baiser. Briser les couilles et se briser le coeur (l'inverse aussi mais, curieusement, ça fait moins mal). Des aller-retours au-dessus de la mer d'Irlande pour se saouler de musiques. Se persuader qu'on va devenir musicien sans savoir jouer une note. S'amuser à arrêter le temps, le temps d'une chanson. Avoir ce pouvoir extraordinaire de ne pas vieillir. Mais toujours grossir. Gentiment.

 

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Ce sera internet et mon retour en Allemagne, curieusement, qui me rapprocheront de la France. Vous remarquerez la faute, je parle de retour en Allemagne alors que je n'y avais encore jamais mis les petons. Mais voilà, même si je ne suis pas encore Daddy Cool, je vieillis. Il faut bien. D'ailleurs en Allemagne on est obligé, sinon on est taxé par l'État. Le modèle allemand. Et puis de vingt-et-un à trente-six ans, j'ai bien du gagner un kilo par année d'expatriation. Je dis ça c'est peut-être plus hein ? Ne sortez pas vos calculettes.

Tout ça pour dire qu'être expatrié en 1998 n'a rien à voir avec aujourd'hui. J'en suis le premier fautif bien sûr. Je passe, malheureusement, plus le nez dans les médias français ou au contact de mes amis et famille plutôt que dans ce second pays d'accueil. Merci whatsapp et internet.

 

Demain, ça tombe bien c'est le 14 (juillet). J'en profiterai pour fêter mes quinze ans de désertion et errances aux alentours de notre belle France. Paul 'Naref l'a mieux chanté que moi.

Tu n'es pas toujours la plus belle

Et je te reste infidèle

Mais qui peut dire l'avenir

De nos souvenirs?

Oui, j'ai le mal de toi parfois

Même si je ne le dis pas

L´amour c'est fait de ça

 

 

Je parlerai une autre fois du culot qui m'habite (ne cherchez pas de contrepèteries) et de la fuite en avant que constitue mon expatriation. Je ferais moins le malin si j'habitais en France par exemple. De maigre et con à gros et con, il n'y a que quinze ans. Mais je ne suis pas mécontent de mes conneries accumulées. Cette arrogance toute française que j'ai en moi, ce sentiment d'avoir vécu cent vies en quelques années. Construire quelque chose ? Construire quoi ? Le temps nous le prendra. Je préfère vivre et me laisser vivre. Le vent nous portera...

 

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Wild is the wind... la vie est belle parfois, non ?

 

 

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