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See me, feel me

See me, feel me

Articlé rédigé en août… 2015.

Mis à jour avec un réajustement des dates et l'ajout d'une conclusion qui est ici bien plus brève que je ne l'imaginais alors. Mais il y a neuf ans, elle m'échappait. Aujourd'hui, je ficèle.

La couverture de l'album Tommy des Who est reconnaissable de loin par sa couleur bleue. Comme les yeux, d'Isabelle.

See me, feel me

Cet album faisait partie de la collection de mon père que j'ai ramenée à Berlin et qui a depuis bien épaissi. À côté des Floyd et de Brel sont venus se ranger les Arcade Fire, Daft Punk, Gainsbourg et Nirvana. Elliott Smith, petit cochon, est venu faire du gringue à la fois à Belle et à Sebastian. Mais ceci est une autre histoire. Revenons plutôt à nos moty, à notre Tommy pardon.

Mon père avait acheté l'album à sa sortie en 1969 et, quand j'étais ado, il faisait partie des galettes que je dégustais le plus souvent. J'alternais le double Blanc des Beatles avec celui-ci. Le salon devenait alors mon Woodstock ou mon Olympia, selon le disque posé sous l'aiguille magique. Parfois la sombre pièce aux murs recouverts de moquette verte dégueulasse se transformait même en Mont Royal ou en Fillmore. Quand l'album à la couverture bleue faisait ses trente-trois tours et trois-quarts de révolution par minute, je me faisais péter les cordes vocales à beugler See me, feel me sur tous les tons juste après m'être déboîté les omoplates et les poignets sur l'Overture.

Ce qui était chouette, c'est que lorsqu'on ouvrait la pochette du vinyl en entier, la couverture s'agrandissait sur les trois panneaux.

See me, feel me

Au printemps 2015, alors que nous refaisions notre nid en attendant la ponte, nous voilà accroupis au milieu des disques de vinyle noire. Je me mets en tête de faire un semblant de rangement.

See me, feel me

Cela nous a bien pris quatre heures (je ne plaisante pas !) vu que ma douce teutonne aux tétons qui m'étonne avait entrepris de nettoyer chaque pochette. Je ne vois pas ce qu'un peu de poussière et une odeur de renfermé et d'humidité peut poser comme problème mais la future maman y tenait.

Une fois tout remis en place, alors que je me penchais sur le coin où j'avais regroupé tous les gros albums classiques des années soixante, soixante-dix... pas de Tommy ! Bon sang mais il est où mon Tommy ??

Interlude... un soir d'été.

Interlude... un soir d'été.

Et puis un soir d'été vint chasser l'idée de mon esprit. À quoi bon Tommy quand on a Ellie ?

J'avais rédigé ces mots en pensant à quelqu'un de cher. Moins de six mois après, Jean-Noël partait rejoindre le great gig in the sky et je ne le reverrai plus.

Quelques mois plus tôt, nous avions eu beaucoup de plaisir à nous retrouver. C'était un délicieux soir d'été. Il m'avait amené auprès de sa collection de disques vinyle et m'avait proposé d'en choisir un. Je n'avais pas hésité bien longtemps. "Il était à ton père je crois de toute façon". Et puis je l'avais oublié.
Pas Jean-Noël.

See me, feel me...